L'essentiel
- Il n'existe aucun nombre légal de relances à faire avant une mise en demeure : si la première relance échoue, vous pouvez passer directement à la mise en demeure
- La relance n'est pas une étape obligatoire avant une mise en demeure ou une action en justice, mais elle reste utilisée quasi systématiquement par les entreprises
- Les pénalités de retard courent automatiquement dès l'échéance, sans relance ni mise en demeure, et le taux recommandé du Code de commerce est de 12,15 % au premier semestre 2026 et 12,40 % au second
- L'indemnité forfaitaire de 40 euros s'applique à chaque facture payée en retard entre professionnels, en plus des pénalités
- Une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception reste le passage obligé avant d'envisager une injonction de payer
Une facture impayée se relance en général une seule fois avant de passer à la mise en demeure : la loi ne fixe aucun nombre minimal de relances, et si la première n'a pas d'effet, il n'est pas nécessaire d'en envoyer une deuxième ou une troisième avant d'enclencher les démarches plus formelles. Voici le calendrier concret à suivre, avec ce qu'il faut écrire à chaque étape et le moment exact où basculer vers la mise en demeure, puis vers le tribunal.
La relance n'est pas une obligation, mais elle sert à récupérer vite ce qui est dû
Dans les relations entre professionnels, rien n'impose d'envoyer une relance avant d'agir. La fiche officielle sur le recouvrement amiable le dit sans détour : le recouvrement amiable se fait en deux étapes, la relance puis la mise en demeure, mais « ces 2 étapes ne sont pas obligatoires ». Une entreprise peut donc, en théorie, sauter directement à la mise en demeure ou même à une assignation devant le tribunal. En pratique, la relance reste « utilisée quasi systématiquement » par les entreprises qui veulent récupérer leurs impayés, parce qu'elle coûte peu et règle une bonne partie des cas simples.
La relance fonctionne bien dans deux situations précises : un oubli du client, ou une difficulté de trésorerie passagère. Elle fonctionne mal, voire pas du tout, lorsque l'impayé découle d'un désaccord sur la prestation, une livraison contestée, une malfaçon, un prix discuté. Dans ce cas, relancer ne sert à rien tant que le différend n'est pas réglé : il faut d'abord trouver une solution au litige avec le client avant d'engager une opération de recouvrement amiable. Confondre les deux situations fait perdre un temps précieux : on relance un client qui ne nie pas devoir l'argent mais qui a simplement oublié, et on laisse filer un client qui conteste la facture pour de bon, pensant qu'une lettre suffira à le faire changer d'avis.
Combien de relances avant une mise en demeure
C'est la question la plus posée, et la réponse officielle est nette : « Si la relance ne fonctionne pas, il n'est pas nécessaire de faire d'autres relances. Il faut passer par la mise en demeure. » Il n'y a donc pas de seuil de deux, trois ou quatre relances à respecter avant de durcir le ton. Une relance restée sans réponse, ou suivie d'une promesse de paiement non tenue, suffit à justifier l'envoi d'une mise en demeure. Multiplier les rappels amiables au-delà d'une ou deux tentatives n'a aucune valeur juridique supplémentaire : cela retarde simplement le moment où les intérêts de retard cessent de courir, puisque c'est la mise en demeure qui marque ce point d'arrêt.
Il faut distinguer deux choses qui se chevauchent souvent dans l'esprit des dirigeants. D'un côté, les pénalités de retard : elles sont dues de plein droit, sans qu'aucune relance ni mise en demeure ne soit nécessaire pour les déclencher, dès la date à laquelle le paiement aurait dû intervenir. De l'autre, la mise en demeure elle-même, qui a un rôle différent : elle « permet de mettre un terme aux intérêts qui ont commencé à courir à partir du défaut de paiement », et surtout elle formalise la créance avant une éventuelle action judiciaire. Attendre une quatrième relance avant d'y recourir ne protège rien, cela repousse seulement l'étape suivante.
| Situation | Faut-il relancer ? | Étape suivante recommandée |
|---|---|---|
| Client qui a visiblement oublié de payer | Oui, une relance simple suffit souvent | Mise en demeure si silence après la relance |
| Client en difficulté de trésorerie passagère | Oui, avec une proposition d'échéancier | Mise en demeure si l'échéancier n'est pas respecté |
| Client qui conteste la prestation ou la facture | Non, relancer n'apporte rien | Régler le différend avant toute démarche de recouvrement |
| Client qui ne répond plus du tout après une relance | Une seule relance suffit, pas besoin d'insister | Mise en demeure par lettre recommandée |
Le calendrier de relance qui marche, étape par étape
Ce calendrier n'est pas imposé par la loi : aucun texte ne fixe de délai entre l'échéance d'une facture entre professionnels et l'envoi d'une relance, puis d'une mise en demeure. C'est un enchaînement pratique, construit à partir de ce qui est réellement efficace et de ce que prévoit le droit à chaque étape.
- Vérifier le délai de paiement applicable. Le principe entre professionnels est un paiement « à 30 jours à partir de la réception de la marchandise ou de la réalisation de la prestation de services », sauf délai différent prévu au contrat ou dans les conditions générales de vente (45 jours fin de mois, 60 jours, ou 90 jours pour certaines livraisons hors Union européenne). Ce délai doit obligatoirement figurer sur la facture et dans les conditions générales de vente. Sans cette vérification préalable, on risque de relancer avant même l'échéance réelle.
- Laisser passer l'échéance, puis contacter le client rapidement. Dès que le délai de paiement est dépassé, un premier contact, par téléphone ou par un e-mail courtois, suffit dans la majorité des cas d'oubli. Le service comptable de l'entreprise est généralement celui qui s'en charge.
- Envoyer une relance écrite si le contact informel n'a rien donné. Un e-mail ou une lettre simple rappelant la facture, son montant, sa date d'échéance et le fait que les pénalités de retard courent déjà, sans attendre une deuxième ou une troisième relance.
- Passer à la mise en demeure si la relance reste sans effet. Pas besoin d'insister : une relance restée sans réponse ou sans paiement justifie l'envoi d'une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, rédigée en termes suffisamment clairs et formels pour être qualifiée de mise en demeure.
- Envisager le recouvrement judiciaire si la mise en demeure reste sans réponse. C'est le moment de déposer une requête en injonction de payer, ou d'utiliser la procédure simplifiée de recouvrement par un commissaire de justice si la dette ne dépasse pas 5 000 €.
Ce calendrier contraste avec ce qui existe pour certaines factures grand public, où la loi impose un enchaînement précis : pour une facture d'énergie impayée, le fournisseur doit envoyer un premier courrier après 14 jours sans paiement, accordant un délai supplémentaire, puis un second courrier informant d'un dernier délai avant une éventuelle coupure. Rien de comparable n'existe pour les factures entre professionnels : c'est justement l'absence de calendrier légal qui oblige chaque entreprise à construire sa propre méthode, et à s'y tenir avec constance plutôt qu'avec de la mollesse.
Modèle de relance facture impayée : ce qu'il faut écrire à chaque étape
Un modèle de relance facture impayée n'a pas besoin d'être compliqué. Trois informations doivent toujours apparaître : le numéro et la date de la facture, le montant exact dû, et la date d'échéance déjà dépassée. Voici la structure à reprendre, adaptée au ton de chaque étape.
Premier contact (ton neutre) : rappeler les références de la facture, indiquer la date d'échéance passée, demander une régularisation ou, si besoin, une explication. Proposer un délai court et raisonnable pour répondre.
Relance écrite (ton plus ferme) : rappeler que le premier contact est resté sans effet, indiquer que les pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € s'appliquent déjà depuis l'échéance, et fixer une date précise au-delà de laquelle une mise en demeure sera envoyée.
Mise en demeure (ton formel) : le terme « mise en demeure » doit apparaître explicitement dans le courrier, envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception, avec une interpellation suffisamment claire pour être reconnue comme telle. Elle doit mentionner le montant total réclamé (facture, pénalités, indemnité forfaitaire), la référence de la facture, et un délai de paiement avant action judiciaire.
Un point à ne jamais oublier : lorsque la relance est en cours, il peut être utile de prévenir le service commercial pour éviter que de nouvelles commandes soient passées au même client, ou que des conditions de paiement particulières lui soient accordées pendant que l'impayé court toujours.
Calculer les pénalités et l'indemnité sur une facture en retard
Un grossiste en matériel professionnel facture une prestation avec un paiement à 30 jours conformément à ses conditions générales de vente. Le client ne paie pas et ne répond à aucun contact informel ; une relance écrite est envoyée, puis, faute de réponse, une mise en demeure.
Les pénalités de retard courent automatiquement dès le lendemain de l'échéance, sans qu'il soit nécessaire d'adresser un rappel ou une mise en demeure pour les faire naître. Au premier semestre 2026, le taux recommandé par le Code de commerce, correspondant au taux de refinancement de la BCE majoré de 10 points, s'élève à 12,15 %. À ces pénalités s'ajoute l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 €, due pour chaque facture payée en retard entre professionnels. Le montant total réclamé dans la mise en demeure n'est donc pas le seul montant de la facture initiale, mais ce montant augmenté des pénalités de retard et de l'indemnité forfaitaire.
| Période 2026 | Taux BCE de refinancement | Taux de pénalités recommandé (+10 points) |
|---|---|---|
| 1er semestre | 2,15 % | 12,15 % |
| 2e semestre (à compter du 1er juillet) | 2,40 % | 12,40 % |
Pour aller plus loin sur le détail de ce calcul et sur les délais de paiement entre professionnels applicables selon le secteur concerné, mieux vaut vérifier la clause exacte prévue dans le contrat ou les conditions générales de vente avant d'appliquer un taux.
L'erreur qui coûte cher
Attendre la troisième ou quatrième relance avant de passer à la mise en demeure ne protège aucun droit supplémentaire : la loi n'exige aucune tentative amiable préalable à la mise en demeure, pas même une seule relance. Ce qui coûte réellement cher, c'est de continuer à relancer poliment un client qui conteste la prestation, en pensant qu'une relance de plus finira par le convaincre, alors que le vrai sujet est le désaccord sur la facture elle-même, qu'aucune lettre de relance ne résoudra. L'autre erreur fréquente consiste à oublier de chiffrer les pénalités et l'indemnité forfaitaire dans la mise en demeure : le montant réclamé doit inclure ces sommes, pas seulement le prix facturé.
De la mise en demeure à l'injonction de payer
La mise en demeure n'est, elle non plus, pas une obligation légale générale : elle « n'est pas obligatoire sauf dans des cas particuliers », notamment lorsqu'un sous-traitant doit réclamer son paiement à l'entrepreneur principal. Dans la très grande majorité des situations de facture impayée entre professionnels, elle reste cependant la pièce qui permet de prouver, plus tard devant un juge, que le débiteur a été formellement averti. Elle peut se faire par lettre recommandée avec accusé de réception portant une interpellation suffisante, rédigée dans des termes assez clairs et formels pour être reconnue comme telle.
Si la mise en demeure reste sans effet, l'étape suivante est le recouvrement judiciaire. Celui-ci passe d'abord par la requête en injonction de payer, possible quel que soit le montant de la créance, devant le tribunal du lieu où demeure le débiteur, tribunal judiciaire ou tribunal de commerce selon la nature de la créance. Depuis le 1er septembre 2026, l'ordonnance portant injonction de payer doit être notifiée dans un délai de 3 mois, contre 6 mois auparavant, ce qui impose d'agir sans tarder une fois l'ordonnance obtenue. La requête elle-même est gratuite, mais des frais de greffe de 33,47 € doivent être réglés dans les 15 jours qui suivent la présentation de la requête pour une créance commerciale hors Alsace-Moselle. Le débiteur dispose ensuite d'un délai de 1 mois à partir de la signification de l'ordonnance pour faire opposition ; sans opposition dans ce délai, l'ordonnance peut être exécutée.
Pour les créances plus modestes, la procédure simplifiée de recouvrement par un commissaire de justice s'applique si la dette ne dépasse pas 5 000 €. Le choix entre les deux dépend du montant, du degré de contestation attendu de la part du débiteur, et du temps que l'entreprise peut consacrer à la procédure.
Faut-il faire appel à une société de recouvrement amiable ?
Certaines entreprises choisissent de confier leurs impayés à une société de recouvrement amiable, qui agit pour le compte du créancier après signature d'une convention. Cette société n'a pas de pouvoirs d'action plus larges que ceux du créancier lui-même : elle doit, elle aussi, commencer par envoyer une lettre de mise en demeure, par courrier simple ou recommandé, en indiquant l'origine et le montant des sommes réclamées, les intérêts éventuels et les délais de paiement. Un point mérite d'être connu avant de recourir à ce type de service : les frais qu'elle engage pour contacter le débiteur ne peuvent pas être facturés à ce dernier, ils restent à la charge du créancier qui l'a mandatée. En cas d'interventions répétées et malveillantes, la société de recouvrement peut être sanctionnée. Ce détour n'évite donc pas d'avoir, en amont, construit un dossier propre, avec la facture, les relances envoyées et la preuve de leur réception.
Prévenir les impayés plutôt que les subir
Une partie des factures impayées se résout avant même d'être relancée, en travaillant sur les documents en amont. Un délai de paiement clairement mentionné sur la facture et dans les conditions générales de vente évite les contestations sur la date d'échéance elle-même. Un contrat de prestation précis, qui fixe les modalités de livraison et de réception, limite les contestations qui transforment une facture en litige plutôt qu'en simple retard. Ces points relèvent plus largement de la rédaction des documents de facturation et de recouvrement, qui méritent d'être revus régulièrement à mesure que l'activité et les clients évoluent.
La relation commerciale elle-même joue un rôle. Un client ancien, qui paie habituellement sans incident, mérite un traitement différent d'un nouveau client qui tarde dès la première commande : dans le premier cas, un simple appel suffit souvent ; dans le second, la vigilance doit être plus immédiate, en particulier sur les commandes suivantes tant que le premier impayé n'est pas réglé.
Questions fréquentes
Combien de relances faut-il avant d'envoyer une mise en demeure ?
Aucun nombre n'est fixé par la loi. Si la première relance échoue, il n'est pas nécessaire d'en envoyer une deuxième ou une troisième : il est possible de passer directement à la mise en demeure.
La relance est-elle obligatoire avant une mise en demeure ou une action en justice ?
Non. La relance n'est pas un préalable obligatoire à l'envoi d'une mise en demeure ou à une assignation en paiement devant le tribunal. Elle reste toutefois largement utilisée parce qu'elle permet de récupérer rapidement les impayés liés à un simple oubli.
Les pénalités de retard courent-elles sans relance ni mise en demeure ?
Oui. Entre professionnels, les pénalités de retard sont dues à partir de la date à laquelle le paiement aurait dû être effectué, sans qu'un rappel ou une mise en demeure soit nécessaire pour les déclencher.
Que faire si l'impayé est lié à un désaccord avec le client, pas à un oubli ?
Dans ce cas, il n'est pas utile de relancer : une solution au différend doit d'abord être trouvée avec le client, avant toute opération de recouvrement amiable.
Quel est le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement ?
Elle est fixée à 40 € et s'applique à chaque facture entre professionnels qui n'a pas été payée dans les délais, en plus des pénalités de retard.
Que se passe-t-il si la mise en demeure reste sans réponse ?
L'entreprise peut déposer une requête en injonction de payer devant le tribunal du lieu où demeure le débiteur, ou utiliser la procédure simplifiée de recouvrement par un commissaire de justice si la dette ne dépasse pas 5 000 €.
Relancer une facture impayée n'a rien d'une science exacte, mais ce n'est pas non plus un exercice de patience infinie. Une relance, parfois deux si le client montre des signes de bonne foi, puis une mise en demeure datée et chiffrée : ce rythme protège la trésorerie sans transformer chaque impayé en bras de fer. Ce qui fait vraiment perdre du temps, ce n'est pas d'agir trop vite, c'est de continuer à espérer qu'une cinquième relance réussira là où la première a échoué.
Sources
- Recouvrement amiable : relance et mise en demeure de payer - Service Public Entreprendre
- Délais de paiement entre professionnels et pénalités de retard - Service Public Entreprendre
- Recouvrement de dettes en France : injonction de payer et procédure simplifiée - Service Public
- Recouvrement judiciaire : injonction de payer en France et en Europe - Service Public Entreprendre
- Que faire lorsqu'une société de recouvrement réclame de l'argent ? - Service Public
- Impayés de factures (gaz, électricité, eau, téléphone, internet) : quelles conséquences ? - Service Public
Retrouvez tout le guide du droit des affaires sur la page d'accueil.

Côme Delaverne, rédacteur en chef. Il explique le droit des affaires aux dirigeants de petites entreprises : contrats, factures impayées, litiges. Chaque règle est vérifiée sur les textes.



